En Belgique, la gestion des emballages vit un moment charnière. Sous l’effet des nouvelles exigences européennes (PPWR - Packaging and Packaging Waste Regulation) et de l’urgence environnementale, deux leviers complémentaires s’imposent : le vrac, qui évite la production d’emballages à la source, et le réemploi, qui permet de prolonger la durée de vie des contenants grâce à des systèmes de retour et de lavage.
Pour la première fois, un baromètre analyse ces deux filières ensemble et dresse un état des lieux inédit, révélant à la fois leur maturité, leurs limites et leur potentiel pour transformer la distribution belge.
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Le vrac surprend par son efficacité opérationnelle malgré sa jeunesse : 90 % des entreprises ont été créées après 2010, mais 83 % affichent déjà une maturité sociale élevée, preuve que les modèles fonctionnent et satisfont leurs clients. Pourtant, le secteur reste très petit, souvent limité à 1 ou 2 équivalents temps plein par entreprise, et très centré sur l’alimentaire.
L’approvisionnement local progresse, mais demeure inégal : seules un quart des entreprises atteignent 76 % à 100 % de références belges. Côté finances, le secteur reste modeste : deux tiers des acteurs réalisent moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires, mais la tendance est positive avec une croissance annuelle moyenne de 7 % entre 2022 et 2024. Le vrac demeure fortement dominé par l’alimentaire. Près de la moitié des entreprises vendent uniquement des denrées en vrac et un tiers en font leur activité principale.
Répartition des entreprises par type de références de produits en vrac (échantillon : 29 entreprises)
Le non-alimentaire progresse, mais reste minoritaire en raison d’une demande plus faible et d’une offre encore limitée. Les assortiments varient fortement d’un magasin à l’autre, de moins de 100 à plus de 600 références, ce qui confirme que le vrac est le plus souvent complémentaire des produits préemballés plutôt qu’un modèle 100 % dédié.
Les magasins jouent également un rôle clé dans le réemploi grâce à la mise à disposition de contenants réutilisables, gratuits ou payants mais les taux de retour restent trop faibles (jusqu’à 75 % de non-retour). Cela montre que le système, probablement en raison de l’absence de consigne, n’est pas encore viable.
À l’inverse, le réemploi repose en Belgique sur une tradition solide, notamment dans les boissons : 43 % des emballages ménagers mis sur le marché sont réemployables, et les emballages pour l’industrie (emballages secondaires et tertiaires) atteingentt même 83 %, (jusqu’à 92 % si l’on exclut le carton) .
Perception de la maturité de l’industrie des emballages réemployables
(échantillon : 16 entreprises basées en Belgique, 30 en France, 20 en Allemagne ; les pays affichés sont ceux avec
le plus grand nombre de réponses)
La Belgique figure ainsi parmi les pays les plus avancés d’Europe. Toutefois, les nouvelles solutions de réemploi (e-commerce, restauration, transport, centrales de lavage) restent portées par de petites structures et connaissent plus de difficultés à se développer
Le principal frein reste le coût : les emballages réutilisables sont encore plus chers que le jetable, en raison des volumes insuffisants, du lavage, du transport inverse et des pertes de contenants (taux de retour trop bas). La standardisation et la mutualisation apparaissent donc comme des conditions essentielles pour rendre le réemploi compétitif, comme en témoignent plusieurs projets belges et européens réussis.
Comparaison du prix d'achat pour les entreprises par rapport à des emballages à usage unique équivalents
(échantillon : 8 entreprises déclarant plus de 13 types d'emballages)
Le cadre réglementaire, lui, reste perçu comme flou ou insuffisant par une majorité d’entreprises. Si 38 % le jugent “plutôt favorable”, 44 % le trouvent neutre ou peu adapté.
Niveau de soutien perçu de l’environnement réglementaire national pour l’industrie des emballages réemployables (échantillon : 16 entreprises en Belgique, 29 en France, 19 en Allemagne)
Les attentes sont claires : règles harmonisées, obligations chiffrées, infrastructures de lavage, systèmes de consigne cohérents, taxation du jetable et campagnes nationales pour changer les habitudes. Beaucoup voient dans le PPWR une opportunité majeure, mais redoutent son manque de clarté opérationnelle, notamment pour le vrac.
Le rapport envoie un message clair : le vrac et le réemploi doivent avancer ensemble. Le vrac évite les emballages inutiles ; le réemploi optimise l’impact environnemental des emballages indispensables. Ensemble, elles peuvent réduire massivement les déchets et permettre à la Belgique de devenir un leader européen de la distribution circulaire.
Pour réussir cette transition, l’ensemble de la chaîne de valeur (producteurs, distributeurs, pouvoirs publics et consommateurs) doit adopter une stratégie cohérente fondée sur trois mots : refuser, réutiliser, et si pas d’autres solutions, recycler.
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